De Simca à Talbot

Comment le quatrième constructeur automobiles français s'est effondré…

A la fin des années 70, Simca est le quatrième constructeur automobiles français. Mais la marque n'est plus indépendante depuis 1970. Elle s'appelle en réalité Chrysler France et fait partie de l'entité Chrysler Europe, composée de Chrysler UK (ancien groupe Rootes, propriétaire des marques Sunbeam et Hillman) et de Chrysler España (Barreiros). Alors que les ventes de Simca se portent plutôt bien en France avec ses deux modèles phares, les 1307 / 1308 et Horizon, qui ont reçu à deux ans d'intervalle le prix de voiture de l'année, le groupe américain Chrysler ne va pas très fort et désire se défaire de sa filiale européenne. En effet, celle-ci, en dehors de sa branche française, ne va pas très fort non plus depuis le choc pétrolier.

Le 10 juillet 1978, PSA (Peugeot Société anonyme) rachète ainsi Chrysler Europe.

Mais un gros problème va alors se poser à Peugeot. Quel nom utiliser pour rassembler toutes les marques européennes rachetées ? Peugeot ne peut évidemment pas utiliser le nom de Chrysler, appartenant exclusivement à la firme américaine. Un an de réflexion va alors avoir lieu, pendant lequel de nombreuses hypothèses vont être formulées. Le nom de Simca est très connu en France depuis plusieurs décennies, mais beaucoup moins en Europe et en particulier en Grande-Bretagne, où Chrysler n'a jamais communiqué dessus. Le nom de Simca en France est par ailleurs troublé à cause de son association à Chrysler et sonne phonétiquement aux yeux de certains dirigeants de PSA comme trop français. Que faire alors ? A la surprise générale, PSA donne finalement naissance au groupe Talbot en juillet 79 pour remplacer toutes les filiales européennes de Chrysler. La marque Talbot appartenait depuis 1958 à Simca en France et au groupe Rootes en Grande-Bretagne depuis le milieu des années 30.

Dès l'été 79 et donc à partir de l'année modèle 1980, les Chrysler-Simca deviennent des Talbot-Simca. Les Matra-Simca sont rebaptisées de leur côté Talbot-Matra. Inutile de préciser que ce changement de nom va créer la confusion chez tous les clients du groupe. La nouvelle marque au T cerclé est lancée à grands coups de publicités et surtout à grands frais pour PSA. La 1510, première nouvelle Talbot, est dans le même temps dévoilée en remplacement de la Chrysler-Simca 1307/1308. Elle constitue en réalité un restylage de cette dernière. La Solara, trois volumes de la 1510, est présentée quelques mois plus tard en mars 1980

A partir de juillet 80 (millésime 81), le nom Simca est définitivement enlevé des coffres de tous les véhicules produits, au profit de celui de Talbot, en même temps qu'est généralisé le T cerclé sur les calandres.

La Tagora, grosse berline de luxe, étudiée sous l'erre Chrysler, mais revue sous PSA, est ensuite lancée en octobre 1980. Mais le marché, frappé par un second choc pétrolier, est crise et les clients se tournent vers les petits voitures à faible cylindrée et à plus faible consommation. La Tagora démarre donc dans une mauvaise conjoncture... qui lui sera hélas fatale dès 1983, avec moins de 20 000 exemplaires vendus !

Entre temps, Talbot, qui voit ses ventes sur tous ses modèles chuter de façon alarmante, sent à juste titre que son salut peut passer par la commercialisation d'une citadine. Pour faire vite, le constructeur lance alors la Samba fin 1981, sur un air de déjà vu, puisqu'elle ressemble au coupé 104 de Peugeot et à la LN de Citroën. Pourtant, elle est légèrement plus longue, plus spacieuse et offre une ligne plus moderne. L'année 1982 sera assez bonne pour la Samba avec plus de 100 000 exemplaires produits, mais le groupe doit faire face à un nouveau coup dur : des grèves massives et spectaculaires, qui vont perturber fortement les cadences de production et empêcher Talbot de répondre correctement aux demandes. Les clients se tournent alors vers la concurrence.

PSA, qui a dépensé énormément d'argent dans cette affaire, veut faire à tout prix des économies. Le regroupement de tous les services commerciaux de Peugeot et de Talbot est alors décidé. Mais ce fut un très mauvais calcul pour le futur de Talbot. Le réseau Peugeot accueille Talbot et très peu souvent l'inverse, les concessionnaires ex-Simca ayant préféré rejoindre la concurrence étrangère. Les modèles Talbot vont être, de ce fait, handicapés par les commerciaux de PSA qui vont préférer vendre les véhicules Peugeot qu'ils connaissent mieux.

Alors que se poursuivent les grèves, les ventes continuent de s'effondrer. Le restylage de la Tagora, qui devait intervenir en 1983, est finalement mis à la trappe au profit de l'arrêt pur et simple du modèle. Dans l'usine Talbot de Poissy, est installée une ligne de production de Peugeot 104 pour compenser la baisse de production des véhicules au T cerclé. Face à la chute vertigineuse des commandes et des parts de marchés de Talbot, la direction de PSA se demande s'il est bien raisonnable de lancer un nouveau modèle sous cette marque, qui pourrait être très sérieusement handicapé juste à cause de ce nom. PSA a perdu beaucoup d'argent dans cette affaire et ne veut plus faire d'effort financier, après avoir racheté successivement Citroën et Chrysler Europe. La remplaçante de l'Horizon, qui devait s'appeler Talbot Arizona, est finalement dévoilée sous le nom de Peugeot 309 en 1985. La marque Talbot est alors condamnée. Aucun renouvellement de gamme n'est désormais prévu. Dès juillet 1985, l'Horizon disparaît en France des catalogues de ventes. Les dernières Samba tombent des chaînes de Poissy en 1986 dans la plus grande indifférence. Seule l'Espagne continue jusqu'à fin 1987 la production des Solara et Horizon. Le portrait en bronze d'Henri Théodore Pigozzi, fondateur de Simca, est enlevé du hall de l'usine Poissy en 1988, en même temps que le grand panneau Talbot sur le fronton de l'usine.

Alors que 1988 marque en France la fin officielle du quatrième constructeur automobiles français, la marque Talbot ne s'éteindra étonnamment en Grande-Bretagne qu'en 1996. En effet à partir 1982, fut commercialisé outre-manche le frère jumeau des utilitaires Peugeot J5 et Citroën C25, sous le nom de Talbot Express.

Remerciements à Mr Adrien Cahuzac pour la rédaction de cet article.

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